
Quelles obligations juridiques distinguent un auto-entrepreneur qui vend en ligne d’un indépendant exerçant hors du web ? La question mérite d’être posée sous l’angle des textes applicables, car la loi SREN du 21 mai 2024 a modifié le cadre de référence des mentions légales, et plusieurs obligations spécifiques au numérique s’ajoutent au socle commun du régime micro.
Mentions légales et CGV en ligne : obligations comparées selon le canal de vente
L’auto-entrepreneur qui opère exclusivement sur le web supporte des contraintes d’affichage que son homologue sur un marché physique n’a pas. Le tableau ci-dessous synthétise les principales différences.
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| Obligation | Auto-entrepreneur avec site web | Auto-entrepreneur sans site |
|---|---|---|
| Mentions légales (art. 1-1 LCEN modifié par la loi SREN 2024) | Obligatoires : identité, adresse, téléphone, numéro d’immatriculation, identité de l’hébergeur, directeur de publication | Non applicable |
| CGV écrites | Obligatoires pour la vente B2C en ligne, accessibles avant la commande | Obligatoires sur demande en B2B, pas d’affichage imposé en l’absence de site |
| Médiation de la consommation | Adhésion obligatoire + mention sur le site et les documents commerciaux | Adhésion obligatoire, mention sur les factures |
| Conformité RGPD (politique de confidentialité, consentement cookies) | Obligatoire dès collecte de données personnelles en ligne | Obligatoire si collecte de données, mais pas de gestion de cookies |
| Droit de rétractation (14 jours) | Obligatoire pour toute vente à distance B2C | Pas d’obligation sauf vente à distance hors site |
Ce qui ressort de cette comparaison : le canal numérique multiplie les obligations d’affichage et de transparence. Un auto-entrepreneur du web doit gérer au minimum quatre blocs juridiques distincts sur son site (mentions légales, CGV, politique de confidentialité, médiation), là où un indépendant hors ligne se concentre sur la facturation et les conditions contractuelles ponctuelles.
Les ressources juridiques disponibles sur le site Auto-Entrepreneur du Web détaillent chacun de ces blocs dans le contexte spécifique de la micro-entreprise en ligne.
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Article 1-1 de la LCEN après la loi SREN : ce qui change pour les micro-entrepreneurs

Avant mai 2024, les mentions légales des sites internet relevaient de l’article 6 III de la loi du 21 juin 2004 (LCEN). Depuis l’entrée en vigueur de la loi n° 2024-449 dite loi SREN, c’est le nouvel article 1-1 qui s’applique. L’article 1-2, créé par le même texte, formalise un régime de sanction en cas de manquement.
Pour un auto-entrepreneur du web, la portée pratique est double. Le texte précise désormais les blocs d’informations obligatoires de façon plus structurée : identité complète (nom, prénom, mention « entrepreneur individuel » ou « EI »), numéro de téléphone, numéro d’immatriculation, nom du directeur de publication, coordonnées du fournisseur d’hébergement.
L’enjeu n’est pas seulement formel. L’article 1-2 renforce les sanctions pour défaut de mentions légales, ce qui transforme une obligation souvent négligée en risque juridique réel. En pratique, un contrôle peut être déclenché par un signalement de consommateur ou un concurrent.
Médiation de la consommation : une obligation sous-estimée des auto-entrepreneurs en ligne
Toute activité B2C impose l’adhésion à un dispositif de médiation de la consommation. Cette obligation, qui existe depuis plusieurs années, reste mal appliquée par les micro-entrepreneurs du web.
L’adhésion doit être effective avant même la première vente. Le nom et les coordonnées du médiateur doivent figurer :
- Sur le site internet, dans une rubrique accessible (souvent intégrée aux mentions légales ou aux CGV)
- Sur les conditions générales de vente remises au client
- Sur tout document contractuel ou commercial adressé au consommateur
L’absence de médiateur référencé expose à une amende administrative. Ce point est souvent omis des guides de création de micro-entreprise, alors qu’il concerne directement tout auto-entrepreneur vendant des services ou produits à des particuliers via un site.
RGPD et cookies : les pièges spécifiques à l’auto-entrepreneur du web
La conformité au RGPD ne se limite pas à ajouter un bandeau de cookies. Pour un auto-entrepreneur qui collecte des données personnelles (formulaire de contact, newsletter, commande en ligne), plusieurs éléments doivent coexister sur le site.
- Une politique de confidentialité décrivant les données collectées, leur finalité, leur durée de conservation et les droits des utilisateurs (accès, rectification, suppression)
- Un mécanisme de recueil du consentement pour les cookies non strictement nécessaires, conforme aux recommandations de la CNIL
- Un registre des traitements, même simplifié, documentant les flux de données personnelles
- La désignation d’un responsable du traitement (l’auto-entrepreneur lui-même dans la plupart des cas)
Un simple formulaire de contact suffit à déclencher l’obligation de conformité RGPD. La taille de l’entreprise n’exonère pas : le régime micro-entrepreneur ne crée aucune exemption sur ce terrain.
Clauses à intégrer dans les CGV d’un auto-entrepreneur en ligne
Les conditions générales de vente d’un site e-commerce ou de prestation de services en ligne doivent couvrir plusieurs points que la vente physique ne requiert pas avec la même précision. Le droit de rétractation de 14 jours, applicable à toute vente à distance B2C, doit être mentionné avec son formulaire type. Les modalités de livraison ou d’exécution du service, les conditions de remboursement et la procédure de réclamation complètent le dispositif.
Six clauses structurent les CGV d’un auto-entrepreneur du web : identité du vendeur, description du service ou produit, prix et modalités de paiement, délai de rétractation, garanties légales, médiation. Chaque clause doit être rédigée dans un langage compréhensible et accessible avant la validation de la commande.
Le régime micro-entrepreneur simplifie la comptabilité et la fiscalité, pas les obligations de transparence vis-à-vis du consommateur en ligne. La conformité juridique d’un site repose sur l’articulation de ces différents blocs, et une lacune sur un seul d’entre eux peut suffire à engager la responsabilité de l’auto-entrepreneur.